Vie et mort d’Andreas Egger.


Portrait. Andreas Egger est un taiseux, reflet d’un caractère trempé dans les flaques de boue d’une ferme autrichienne, où il fut recueilli à l’âge de quatre ans (en 1902). Des châtiments corporels de son père adoptif, il gardera les traces : une jambe boiteuse et une aptitude certaine à faire avec la solitude. C’est dans la grange qu’il dort et c’est en bête de somme qu’il grandit, ne rechigne pas à la tâche, s’accommode du peu qu’il a…

Ainsi va la vie d’Andreas Egger.

Le départ est donné, celui d’une vie silencieuse, minuscule, comme dans un roman de Pierre Michon.

Un récit d’une sobriété juste pour parler d’un homme qui traverse le temps et ses tempêtes. La plume de Robert Seethaler capte l’humanité de son personnage qui affronte ces orages avec la même humilité, la même simplicité.
Une vie d’homme qui connaît la puissance des sentiments amoureux, subit la folie de la guerre qui le conduira dans le Caucase et sur le front russe, jusqu’à assister à l’agitation de la société du loisir, venue skier sur les flans de la montagne où il vit à demeure jusqu’à ses 80 ans.
L’autre personnage du roman est bien elle, la montagne. Elle respire sous l’oreille d’Andréas, donne du relief à ses états d’âme, insuffle la poésie à son regard. Majestueuse compagne qui lui a pris son cœur mais qui le garde en vie.
Les allers-et-venues entre les descriptions des paysages époustouflants qui s’ouvrent à lui et des replis intimes à peine dévoilés de son être, donnent à la lecture une respiration. La toute-puissance des montagnes et l’infime forment un dialogue silencieux.

Tel un roc au bord du gouffre, une matière brute polie par le temps, Andréas est le spectateur d’un monde qu’il ne comprend pas vraiment, faisant du mieux qu’il peut pour le traverser sans se perdre. Un instinct vital qui le tient debout jusqu’à la vieillesse, une forme de sagesse qu’une vie entière racontée ici permet d’entrevoir.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=fyBef_txLJE

 

Robert Seethaler, né en Autriche en 1966, est aussi acteur et scénariste, il vit à Berlin.

Une vie entière, Robert Seethaler,
traduit de l’allemand par Elisabeth Landes,
éd. Sabine Wespieser,
octobre 2015,
160 p.

[…] «  Une vie entière, paru à la rentrée 2014 en Allemagne, qui a valu à Robert Seethaler le statut de meilleur auteur de l’année décerné par les libraires d’outre-Rhin, et confirme la profondeur de son talent d’écrivain, capable de mener avec une grande simplicité son lecteur au plus près de ses émotions. » Sabine Wespeiser.

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