Amorostasia ou La maladie d’amour


Amorostasia / Cyril Bonin. Futuropolis, 2013

album-cover-large-20523

Paris, de nos jours.
Une femme de ménage découvre sa patronne statufiée devant la fenêtre, mine réjouie. Dans ses mains une lettre. Une demande en mariage.
Dans la rue, sur un trottoir un homme contemple fixement une femme. Leurs yeux sont brillants, leurs regards extatiques.  Mouvements arrêtés, ils sont comme figés.

amorostasia_image2

C’est le début d’une nouvelle épidémie. Le professeur Korda la nomme « Amorostasia ». Il semblerait qu’elle ne frappe que les amoureux. Le « malade » n’est pas mort, mais catatonique,  immobile, comme tétanisé, en dehors du temps.

Les cas se multiplient d’abord circonscrite à Paris, l’épidémie déborde le périphérique puis les frontières nationales. Olga Politof une journaliste enquête. Mais y a-t-il une vérité à découvrir en ce qui concerne l’amour. Elle constate, établi des faits : tout le monde peut être touché. Jeunes, vieux, mariés, célibataires, veufs… tous amoureux, parfois uniquement d’eux-mêmes !

Elle se questionne : pourquoi avec son compagnon ne tombent-ils pas malades ? Est-ce le signe qu’ils ne sont pas (plus) amoureux ? Et ses parents ? Eux non plus ne sont pas contaminés…

L’Etat doit prendre des mesures pour freiner ce fléau : interdire les films sentimentaux, la littérature rose, dissimuler des œuvres dans les musées… rendre obligatoire le port d’un brassard aux jolies femmes afin de signaler leur dangerosité.

Avant, les relations amoureuses était parfois compliquées mais avec cette épidémie cela ne va pas en s’arrangeant.

AMOROSTASIA-PREPUB-8

Lambert, un collègue d’Olga succombe bientôt à la maladie, révélant par la même qu’il était secrètement amoureux d’elle.

Son patron la convoque :

Patron : – En réalité nous avons un problème avec vous. Vous avez vu vos collègues en salle de rédaction ?
Olga : –
Quoi ? Ne me dite pas que je leur fait peur !
P : –
Je n’irais pas jusque-là mais tout de même… ils sont inquiets à l’idée de travailler avec une femme.
O : –
J’en connais pourtant un ou deux qui ne sont pas sensibles aux charmes féminins.
P : – Bien sûr, mais
O : –
Mais quoi vous aussi vous voulez que je porte un masque ?
P : –
Disons seulement que vous pourriez éviter des émotions à vos confrères… en ne venant plus au journal. [ ]. Vous continueriez à travailler pour nous, mais à distance, en nous envoyant vos articles par mail.
O : –
Tiens donc… et pourquoi ne le font il pas, eux ? Après tout ce sont eux qui ont peur de moi.
P : – Je suis désolé mais c’est comme ça.
O : – Il faudra quand même qu’on m’explique un jour pourquoi ce sont toujours les femmes qui sont pointées du doigt et qui doivent vivre cachées pour éviter aux hommes de succomber à leurs faiblesses.

Cyril Bonin nous parle d’amour, de l’amour comme d’une maladie et c’est réjouissant. Il pointe le rôle des femmes dans notre société et des descrimations qu’elles subissent et c’est moins réjouissant.

Il campe ses personnages d’un trait noir, léger et sensuel, sa ligne se fait vive pour animer un corps, douce et expressive pour les visages, les décors, esquissées sont rehaussés de dégradés de gris accentuant délicatement lumière et contraste.

Un surprenant récit qui sous l’aspect d’un conte à la Marcel Aymé (Cyril Bonin a d’ailleurs adapté « La belle image« ) dissèque notre société, ses faiblesses, ses injustices sans jamais oublier de s’en amuser et de s’en émouvoir.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 + 2 =