Angoulême 2011… Et bientôt 2012 (suite) 1


01-gauche-moyenne-300x225La cité de la BD, ses murailles miroirs, ses escaliers écarlates… ses expositions

Vous le savez, bien sûr! Mais je vous le rappelle tout de même.

Tous les ans, la dernière semaine de janvier le Festival International de la Bande Dessinée s’installe à Angoulême. Et ce depuis trente huit ans, enfin je crois puisque vient de se clore la trente-huitième édition. Vous, heureux gents des bibliothèques du réseau départemental du Cher êtes invités par la DLP à vous rendre à la trente-neuvième édition, celle de 2012. Pour cela il vous suffit de vous emparer du programme de formation de  la DLP du Cher (sélection et mixage par sa programmeuse M.J. Chambrion) et de vous inscrire… le plus rapidement possible.

Pour les indécis, les inquiets ou simplement les curieux voici  un petit parcours relatant ce qu’ils pourront voir au festival BD d’Angoulême, ou plus exactement ce que l’on pouvait y découvrir en 2011.

Après le Musée de la BD, retour sur l’autre rive de la Charente à la CIBDI (Cité Internationale de la BD et de l’Image).

Une statue déboulonnée (pas n’importe laquelle !) gisant sur le parvis de la Cité de la BD.

La même coté pile, derrière des barreaux, la tête dans la barrière avec cette inscription : « Debout les damnés de la terre« . C’est le nom de l’exposition consacrée à Baru, (scénariste et dessinateur de Cours camarade, L’enragé, Fais péter les basses Bruno…) président de cette 38ème édition.

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A l’intérieur donc :

Un parcours retraçant l’itinéraire d’Hervé Barulea (vrai nom de Baru). Fils d’immigrés italiens installés dans les environs de la cité métallurgique de Villerupt, les livres de Baru sont souvent imprégnées de son enfance dans ce milieu ouvrier et comportent une part autobiographique (Quéquette blues, La piscine de Micheville, Les années Spoutnik….)

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Un mur de planches. « L’autoroute du soleil » de Baru. A l’origine une commande de Kodansha la  plus importante maison d’édition japonaise. En version nippone (ni mauvaise) puis française   (un pavé de 430 pages paru chez Casterman en 1995).

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Baru avait tenu à faire partager le théâtre des expositions à cinq auteurs militants qui par leur différents travaux nous invitent à davantage de lucidité sociale ou politique.

(Respectons la logique : de gauche à moins à gauche)06-droite-grande

Christian Lax (Des maux pour le dire, Azrayen, Pain d’alouette…)

Jean-Christophe Chauzy (Du papier faisons table rase, Rouge est ma couleur…)

Igort (… Les Cahiers ukrainiens ou la planification par Staline d’un génocide par famine)

Etienne Davodeau (Rural, Les mauvaises gens…)

Manu Larcenet (Nic Oumouk, Le Combat ordinaire…)

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07-gauche-moyenneUne installation façon expositions coloniales du début du siècle (l’autre, le petit vingtième,  celui du bon temps des colonies) avec ses pavillons consacrés à l’Asie, à l’Afrique, aux Amériques… Une expo aussi intelligente qu’acerbe, aussi politique qu’humoristique, aussi pédagogique que décalée. Une merveille de décryptage du colonialisme d’après la trilogie de Grégory Jarry & Otto T. « Petite histoire des colonies » parue chez Flblb. Un dessin minimaliste et schématique pour mieux signifier le ridicule et l’insignifiance de ces pseudos héros sinistres. Des textes logorrhéiques récités par De Gaulle ou F. Mitterrand (ils doivent exécuter des triples axels dans leur tombe) et où l’on ne saurait faire la part du caustique et du cynique. Ultime tome « La Françafrique », paru début 2011 : « La Françafrique n’existe pas, elle n’a jamais existé. D’abord qu’est-ce que ça voudrait dire la Françafrique ? Ca voudrait dire qu’après la décolonisation, dans le dos du peuple français, en dehors du champ démocratique, nos élites politiques auraient conservé des liens de sujétion avec nos anciennes colonies d’Afrique en plaçant à leur tête des présidents dévoués à leurs maîtres d’hier? Comment aurions-nous réussi un coup pareil ? Il aurait fallu plus que des bases militaires dans ces pays, plus que des Monsieur Afrique de l’Elysée, plus que des Cogema, des Bouygues et Bob Denard pour faire la Françafrique. Il aurait fallu un silence total et l’assentiment de toute la classe politique. La France est un pays libre, les journalistes, les universitaires, les associations, les juges et les artistes font un travail extraordinaire de contre pouvoir qui empêche tout népotisme. Allons soyez tranquille la Françafrique n’existe pas… » Mauvais esprit ?

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Tableau narrant « La première guerre mondiale et la guerre du Rif« 

« Au début du XXe siècle, les Français et les anglais avaient manœuvrés si joliment qu’il ne restait presque plus de colonies pour les Allemands. Ils nous mirent la pression pour avoir le Maroc, à la place on leur fila un bout du Gabon, d’Oubangui et de Congo. Ca ne les calma pas et on finit par avoir la guerre. Les peuples de nos colonies jouèrent un grand rôle : certains furent d’accord pour aller se faire tuer sur le front, d’autres abandonnèrent leur famille pour venir en France travailler dans nos usines d’armement. Après l’armistice, notre prestige dans les colonies s’était fortement émoussé. Les anciens combattants d’Afrique manifestaient dans la rue, des syndicats ouvriers naissaient en Indochine, partout dans l’Empire, on renâclait. Le Maroc se souleva sous l’impulsion d’Abdelkrim, qui fonda la République du Rif en 1922, après avoir mis une déculottée aux Espagnols dans le nord du pays. Nous nous alliâmes aux Espagnols, et nos généraux Pétain et Franco, alignant une armée de 500 000 hommes, mirent une année pour venir à bout d’Abdelkrim. Après sa reddition, avec du gaz moutarde, on massacra encore 150 000 villageois, histoire que tous le monde comprennent bien les limites à ne pas dépasser ».

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Pendant les 4 jours du festival on peut assister à toutes sortes de conférences ou de rencontres dans différents lieux d’Angoulême. Les « rencontres internationales » se déroulent salle Nemo, auditorium et salle de cinéma installés au sein de la CIBDI (au sous sol en entrant par l’avenue de Cognac ou au 3ème étage en s’y rendant par la rue de Bordeaux). On a pu y entendre Baru, Manu Larcenet, Francq et Van Hamme (suite à la projection en avant première du second film adapté de leur série Largo Winch), Moebius

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Planche ou couv. de « La rose de Versailles »

Mais l’événement cette année était la venue de la très rare, très culte et très japonaise Riyoko Ikeda. C’est dans une salle comble qu’elle a raconté la genèse de son célèbre manga « La rose de Versailles » (1972-73) dont l’action se situe dans la noblesse française à la veille de la révolution (Ah ! La nostalgie de la couronne et des ses dorures chez nos amis étrangers). Enorme succès au Japon (au point d’inciter les petites japonaises à apprendre le français) ce shôjo sera décliné en 1979-80 en dessin animé (diffusé en France en 1986 sous le titre de « Lady Oscar« ), en comédies musicales, en disques  et en film (c’est peu connu mais Jacques Demy en a réalisé pour le Japon une adaptation nommé « Lady Oscar« , demeurée inédite en France, jusqu’à une récente sortie DVD).

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http://www.youtube.com/watch?v=WwVA-iw1aPc&feature=player_detailpage.

Si aujourd’hui Madame Riyoko Ikéda scénarise toujours quelques mangas, elle s’adonne cependant à une autre passion : le chant. Elle parcourt le monde en tant que cantatrice soprano avec un répertoire composé (entre autre) par Marie-Antoinette (!?) et juste après son interview à Angoulême, elle donnait un récital, je vous le donne en mille !…  au Petit Théâtre de la Reine à Versailles (la synchro du film est plus que douteuse)

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Toujours dans le cadre des Rencontre internationales on pouvait voir (mieux que sur la photo) l’allemand Matthias Schultheiss auteur de l’hallucinant « Voyage avec Bill » (Glénat). Un road movie iniatique (forcément) et mystique. J’espérais y entendre quelques explications sur cette étrange (mais captivante) histoire…

A suivre…


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