Ardalen, vent de mémoires


Ardalen. Vent de mémoires / Miguelanxo Prado. Casterman, 2013

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Ca ne va pas fort dans la vie de Sabela, jolie quarantenaire espagnole qui vient de se séparer de son mari. Pour oublier son présent elle se met en quête du passé de son mystérieux grand-père. Parti, dans les années trente, chercher travail et fortune en Amérique latine, à Cuba, il n’en est que brièvement revenu pour repartir à jamais.

De cet aïeul elle sait juste qu’il avait un ami natif d’un petit village montagnard de Galice.

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Dans le bistrot de ce hameau quelques vieux bien taiseux dont l’acrimonieux Tomas qui se décide à expliquer :
« Il ne reste plus personne. Le dernier à mourir a été Cosme, celui de Eiroa. Ca fait déjà presque cinq ans. De ceux qui sont partis, il n’y en a que cinq ou six qui sont revenus. Et ceux-là sont revenus pauvres, juste pour mourir ici. Ils n’ont jamais parlé de leur vie là- bas. A qui ? Ils ne connaissaient plus de gens de leur famille d’ici, c’était devenu des inconnus qui portaient le même nom qu’eux, et ils n’avaient pas d’amis. Ce n’étaient que des fantômes avant leur mort. »

Et puis un vieillard, dans le fond de la salle, la mine réjouie :
« Y a bien quelqu’un… Le Naufragé. »

Le naufragé, c’est Fidel. Il a bourlingué celui-là… Sabela va à sa rencontre dans sa modeste maison, emplie de souvenirs.

Dans la tête de Fidel il y en a aussi des souvenirs, peut être trop… Il n’arrive plus à faire le tri, il ne sait plus, une mémoire amnésique par trop plein. Ou autre chose. Ses souvenirs, sont-ce les siens ? Ou ceux d’un autre ? Ou ceux d’autres ?

Ya du vent dans la tête de Fidel.

Dans cette vallée souffle L’Ardalen. On dit de ce vent marin chargé d’humidité charriant des odeurs de sel et d’iode qu’il nait sur les côtes américaines et qu’après avoir traversé l’Atlantique il répand les effluves du Nouveau monde à l’intérieur des terres du Sud-ouest de l’Europe. Une légende ?

Un récit fantastique (dans tous les sens du terme) du prodige espagnol Miguelanxo Prado. Traduis en France dès les années 80, ses récits aux dessins hyperréalistes en noir et blanc avaient subjugués les amateurs. Passé rapidement à la couleur Prado a déformé, déconstruit sont trait pour atteindre une expressivité faite d’angles souples et de rondeurs acérés. Virtuose !

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Silencieux depuis plusieurs années il revient avec des planches dessinées aux crayons de couleurs puis peintes à l’acrylique; « Le gras [du crayon] repousse l’acrylique et donne au dessin une texture « toile d’araignée » qui sied bien aux souvenirs et entretient un côté flottant« .

Quatre ans de travail auront été nécessaire pour finaliser ces 250 pages où onirisme et quotidien se côtoient. La bande dessinée est entrecoupé de documents factices(extraits d’encyclopédies, cartes, lettres, arrêtés…), aérant un récit tout entier consacré à la mémoire.

Une merveille de construction narrative, d’invention, d’intelligence et d’émotion.

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