Cent ans bientôt 5


tableau de Marcel Gromaire

tableau de Marcel Gromaire

Hors de sa retraite il s’échappe

Maigre loup poussé par la faim

Embuscade sur le chemin

La guerre tend ses chausse-trappes

Maigre loup poussé par la faim

A l’affût de la sauvagine

Les vies s’éraflent aux épines

C’est la peur qui nous tient la main

A l’affût de la sauvagine

Il se rafraîchit au ruisseau

Au loin mugit le grand troupeau

Au loin s’embrasent les collines

Il se rafraîchit au ruisseau

L’œil aux aguets le ventre creux

A l’horizon gronde le feu

Le massacre s’enfle à nouveau

L’œil aux aguets le ventre creux

Depuis si longtemps aux abois

Et se dressent les croix de bois

Dessous le ciel fuligineux

Depuis si longtemps aux abois

Mais rien qui puisse le lier

Voici les orages d’acier

Et sur les visages l’effroi

Mais rien qui puisse le lier

Il n’a plus ni proies ni salut

Au fond des tranchées les poilus

Egrènent d’ultimes pensées

Il n’a plus ni proies ni salut

Pour lui vivre c’est vivre libre

Ceux de 14 sous le givre

Sont disloqués par les obus

Pour lui vivre c’est vivre libre

Et mourir aussi mais en paix

Pour ceux cloués aux barbelés

Qu’ils reposent  de livre en livre.

Et mourir enfin et en paix

Le temps s’écoule comme l’eau

La guerre n’en finit donc jamais ?

A l’Ouest rien de nouveau.


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