Chroniques de la rentrée littéraire 1 4


lafon

L’Annonce de Marie-Hélène Lafon, Buchet Chastel, 195 p.

Les campagnes du Cantal où rien ne semble bouger, où les maisons et les gens se ferment, où l’avenir est derrière soi, ce décor si familier à Marie-Hélène Lafon est campé une nouvelle fois.

Paul n’est plus tout jeune et il ne veut pas se laisser prendre au piège du célibat presque inhérent à sa situation d’agriculteur coincé entre métier, oncles et sœur.

Au début du roman une certaine Annette raconte son arrivée à la ferme,  sa difficulté à se faire accepter avec son fils et petit à petit on découvre que Paul a envoyé une petite annonce pour trouver une femme ; ce ne fut pas simple car il fallut compter avec les réticences des oncles et de Nicole (Marie-Hélène Lafon excelle vraiment dans la description de ces personnages aigris, silencieux, frustrés, désespérés). La jeune femme vient du nord et sa vie d’avant ne fut pas rose, c’est peut être ce qui l’a aidée à tenir, à lutter, à persévérer dans son projet de construire une vraie famille.

On voit naître un véritable amour entre ces deux êtres blessés, doucement par petites touches, la description des mains de Paul ou des moments partagés entre l’enfant et les adultes autour des mots croisés.

Même si la superbe description de la nuit (personnage à part entière) au début du récit, nous fait froid dans le dos, on se prend à espérer que, pour une fois, la nature parfois ingrate et les « derniers indiens » ne condamneront pas les campagnes à une désertification inéluctable.

Marie-Hélène Lafon y croit-elle elle-même ?

Un roman découvert dans le cadre du partenariat avec le blog Chroniques de la rentrée littéraire


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4 commentaires sur “Chroniques de la rentrée littéraire 1

  • Christine Perrichon

    Le roman de Marie-Hélène Lafon vient d’obtenir le prix « Page des libraires ».
    Marie-Jeanne l’avait repéré dès sa présentation en juin et nous avait fait part de son enthousiasme pour ce texte : et visiblement elle n’est pas la seule !

  • Domipan

    Il est toujours important et nécessaire de s’emparer du dernier opus de Marie-Hélène Lafon, comme il convient de se retourner pour aller lire et relire les précédents.
    Je n’ajouterai aux éloges – que je partage – qu’une chose : si le terreau nourricier du Haut-Cantal est fertile pour servir de matériau aux histoires qui habitent les récits de Marie-Hélène, ce qui propulse ce récit (comme les précédents) au rang de littérature, c’est la langue. Une langue essorée, polie, cent fois remise sur l’établi, où l’objectif majeure consiste à « dégraisser » et à ne surtout pas « ajouter ».
    La rencontre avec ce qui ne constituait pas encore une oeuvre (Le soir du chien et Liturgie), puis avec Marie-Hélène elle-même s’est opérée en 2002, lors d’une manifestation hélas disparue en Auvergne, Littinérance. Une comédienne (Monique Jouvancy, aussi auteure – Le goût de l’Aloés chez Huguette Bouchardeau et,récemment Finir chez La chambre d’échos, à lire absolument – ) avait lu dans plusieurs lieux (dont la maison centrale de Moulins) des extraits de Liturgie : début d’un coup de foudre pour cette écriture d’abord taillée à la serpe puis peaufinée à la peau de chamois.
    Depuis, Marie-Hélène a fait son chemin et j’ai appris à connaître la personne : aucun angélisme ni grand optimisme en ce qui concerne l’acharnement inéluctable auquel s’emploie l’homme dans la destruction de son cadre de vie ; guère d’optimisme non plus dans la nature humaine qui retourne volontiers à la barbarie, sans doute la valeur la mieux partagée ; mais, comme contrepoids indispensable, un désir de vivre et un travail régulier pour l’écriture, travail qui est en réalité une nécessité. À la question bateau souvent posée « pourquoi écrivez-vous ? » Marie-Hélène réponds : « parce que je ne peux pas faire autrement ».
    Il y aurait tant à dire…
    Le mieux est encore de lire et relire cette auteure, et notamment Mo, ouvrage atypique et d’une grande portée philosophique, construit sur le rythme des stations du chemin de croix.