« Dominique-nique-nique », ou le retour d’un pionnier de la nouvelle chanson française au Printemps de Bourges 2009


Non, rassurez-vous, il ne s’agit nullement de la venue de Soeur Sourire (ça serait groovy pourtant !), à noter à l’occasion la sortie d’un drôle de roman trash sur la religieuse : « Sister Sourire, une pure tragédie » (éd. Léo Scheer, 2008)…
A l’occasion de sa venue prochaine (le 23 avril) au festival musical berruyer, ainsi qu’à celle de la sortie d’un nouvel album (« La Musique », en vente à partir de ce lundi 6 avril), petit retour et coup de coeur pour l’ex-nantais Dominique A et ses chansons mélancoliques, précurseur méconnu (parfois) d’un certain renouveau de la chanson française, au même titre que le grand Alain Bashung récemment décédé (le survitaminé M, le lénifiant Vincent Delerm, le berrichon Florent Marchet, le breton Da Silva… … … et les autres leur doivent beaucoup).
(Concert au "Bikini", Haute-Garonne, droits photo Sam, www.commentcertainsvivent.com)

(Concert au "Bikini", Haute-Garonne, en 2007, droits photo Sam, www.commentcertainsvivent.com)

Remarqué au début des années 90 avec son premier opus « La Fossette » (dont le sublime morceau « Le Courage des oiseaux » disponible aussi sur l’excellent live de 2007 « Sur nos forces motrices »), puis l’inachevé « Si je connais Harry » où perçait déjà un certain cynisme mélancolique, il enchante nos oreilles (et notre mauvaise conscience) en 1995 avec son chef-d’oeuvre « La Mémoire neuve » (chez Lithium-Labels) : paroles désenchantées et poésie réaliste, sur rythmes rock ou latinos parfois (forme antagoniste avec le fonds !), en voici un extrait représentatif, à savoir la chanson n°2 « Il ne faut pas souhaiter la mort des gens » :

« Même à celle qui trahit,
Même à celui qui ment,
Il ne faut pas souhaiter la mort des gens,
ça n’est jamais assez méchant.

Tout le fiel impeccable
S’abstient de tout effort,
Pour parler comme ils parlent,
Pour se faire fort d’avoir tort…

Même au propriétaire,
A la vieille à l’affût,
Il ne faut pas souhaiter la mort des gens,
ça les fait vivre plus longtemps »…

A ne pas écouter lorsqu’on n’a pas trop le moral, bien évidemment…! Après cette entrée remarquée et remarquable, en compagnie de la chanteuse belge Françoiz Breut qui l’accompagnait au chant (notamment sur son tube de l’époque « Le Twenty-Two Bar », ainsi que sur la sublime balade « Les Hauts Quartiers de Peine »), Dominique Ané – de son vrai nom – confirme son talent à la fin des années 90 avec « Remué »…

Puis il commet un autre chef-d’oeuvre de noirceur et d’ironie en 2001 : « Auguri »… Description sans concession d’une chambre de prostituée – et de la nature humaine par la même occasion – (« En haut de l’escalier »), portraits d’hommes ravagés par le désir sexuel et le malaise ressenti aussitôt (« Pour la peau », « Les hommes entre eux »), mais aussi des thèmes moins sombres, tels que la passion amoureuse (« Ses yeux brûlent », « Je t’ai toujours aimée »…) et une reprise réussie d’une vieille chanson de Dalida (« Les enfants du Pirée »). 

(pochette du CD "La Musique", 2009)

(pochette du CD "La Musique", 2009)

En 2006 il arrive avec un énième album (« L’horizon » dont le sublime hymne au voyage « Dans un camion ») qui aurait mérité plus de soutien de la presse (à part la radio France Inter qui le diffuse à chaque nouvelle sortie) et des critiques, notamment une nomination – voire un prix – aux Victoires de la Musique de mars 2007 (???)…
Cela dit le mépris d’une certaine part de la profession, Dominique A le lui rend bien, notamment avec sa chanson très ironique « Les chanteurs sont mes amis » !!!
Extrait, pour finir, de sa chanson « Ses yeux brûlent » (2001, « Auguri ») :

« Ses yeux… brûlent,
Imagine deux soleils levants,
Elle les pose sur moi maintenant
Mais, mais tout autour ça se bouscule
Pour la pousser à les poser
Sur d’autres visages accueillants,
Tout sourire, les soleils brûlants (…)

Aujourd’hui je suis noir de peau
Tant elle m’a regardé,
ça aurait pu me rendre beau
Mais là vraiment je suis grillé
Et tous les soleils à venir
Ne pourront que me refroidir.

Ses yeux brûlent,
Imagine deux soleils levants,
Pourquoi moi, qui suis minuscule,
Dois-je subir d’être son amant ?
Qu’elle arrête, ou je m’émascule,
Je n’en peux plus
Tant ses yeux brûlent « .

Pour écouter quelques morceaux du dernier album et découvrir l’artiste (peu enclin aux modes et aux concessions commerciales, contrairement à d’autres qui sombrent dans la facilité… je ne nommerai personne), un simple clic sur son site Myspace (où l’on peut réécouter en particulier le superbe morceau « Immortels » ici en lien vidéo ci-dessus) ainsi que son site officiel

Dominique A, en concert acoustique salle du Duc Jean (Conseil général du Cher), le 23 avril 2009 à partir de 16h00 : avis aux amateurs…


A propos de stef18

Adjoint du patrimoine à la médiathèque de St-Florent-sur-Cher depuis 10 ans bientôt, je suis actuellement affecté à la section adultes (commandes de livres documentaires et BD ado-adultes, CD audio et DVD)

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