King du ring – l’Intégrale – épisode 3 – Interview de Rémi Checchetto 1


Bourges. Le compte à rebours a commencé : King du ring, l’intégrale, spectacle d’arcs dansés et de mots boxés va réunir sur la scène du Nadir l’écrivain Rémi Checchetto et le sculpteur Denis Tricot. Avant cela, trois « entraînements  » préparatoires vous sont proposés :

– le lundi 17 mai à 19 h à l’agence d’exploration urbaine (ancienne mairie des quartiers Nord), où vous êtes invités à vous exprimer sur la question suivante : qu’est-ce que l’on combat dans la vie ?

– le mardi 18 mai à 19 h à la médiathèque, Rémi Checchetto lira un extrait de King du ring et un extrait du film Muhammad Ali the greatest sera projeté.

– le  mercredi 19 mai à 19 h au restaurant l’Antidote, projection de Muhammad Ali the greatest et rencontre avec les deux artistes.

Et puis, le jeudi 20 mai à 20 h à la Friche de l’Antre peaux la lecture /spectacle/performance King du ring sera pour la première fois présentée dans son intégralité.

Ce projet a été programmé et mis en place au plan local par l’association Emmetrop. Le texte de Rémi Checchetto nous fait entrer de plein pied dans la peau de Muhammad Ali, nous donnant à ressentir ses émotions, sa force et sa rage de vaincre face à l’adversité, nous faisant pénétrer dans son univers physique et mental.

Voilà l’interview téléphonique de Remi Chechetto réalisée à la DLP le 29 avril 2010 à 14 h, pendant la conférence de rédaction de Chermedia.

Mohammed Ali, le King du ring

Le King Ali

1. Comment vous est venue l’idée d’écrire sur ou à travers Mohammed Ali?

Depuis quelques années, j’ai construit une sentimenthèque. Ce n’est pas un discothèque, ce n’est pas une bibliothèque, ce n’est pas une photothèque, c’est un endroit où j’ai mis des gens que j’aime bien, qui m’ont fait battre le coeur plusieurs fois dans la vie. Ca peut être un sportif, ça peut être un écrivain, ça peut être un chanteur. Et dans cette sentimenthèque, il y a Mohammed Ali. A la maison, pour mes parents, Mohammed Ali était quelqu’un d’important et j’avais envie d’écrire sur le combat, sur les combats de la vie, les coups reçus et ceux qu’on ne rend pas. Il m’a semblé que Mohammed Ali était tout à fait indiqué pour une écriture comme ça. Mohammed Ali, je m’en souvenais, était vraiment un homme des médias. C’était un très grand baratineur, un très grand baragouineur aussi et ça allait très bien pour un personnage qui prend la parole, qui commet un acte oral. J’ai eu des combats, un sentiment de combat contre moi et la vie est assez généreuse et prolixe en cela.

2. Quelle est l’origine de votre association artistique avec Denis Tricot?

On s’est rencontré avec Denis en 2003 à l’occasion de la parution d’un des mes livres qui s’appelle Portes. On était à coté de Bordeaux, où avaient été invités 54 artistes à venir mettre en voix les 54 portes que j’avais écrites, des pièces de 3 minutes. Denis fait partie de ces musiciens et de ces plasticiens qui ont travaillé sur ce projet Portes et la collaboration fut fructueuse entre nous. Et depuis lors on a mené un certain nombre de projets. D’abord autour de mes ouvrages, avec par exemple P’tit dej où on a monté des « P’tit dej » à la veillée. Le prétexte étant : vous allez au spectacle, une nouvelle journée commence et c’est l’occasion de prendre un « p’tit dej ». Depuis on ne cesse de travailler régulièrement ensemble soit sur mes écritures faites, soit sur les écritures que je pratique au fur et à mesure des résidences que nous faisons ensemble. Denis collabore avec des écrivains comme moi mais aussi des musiciens dans un certain nombre de projets comme celui-là.

3. Quel but cherchez-vous dans cette performance au delà des limites?

Il y a un but interne au spectacle : une performance qui dure 2 heures. Il y a le désir d’emmener le public avec nous et que ce public participe à la performance. C’est pourquoi on organise des rencontres préalables de manière à amener petit à petit un public lors de rencontres. Ca peut être prendre en charge une partie du texte. On n’a pas l’habitude de travailler avec un public comme au théâtre. Là, c’est une toute autre démarche, c’est d’aller au devant des gens pour qu’ils nous suivent dans l’aventure.

4. Comment avez-vous procédé pour rendre dans votre écriture la sensation de mouvement, de lutte?

C’est du travail ! Ca vient pas tout de suite, par exemple la sensation de mouvement dans l’écriture s’exprime dans des sonorités, sur des rythmes très très rapides, ou des rythmes rapides de phrases avec des virgules, des phrases plus courtes, suivies de 3 phrases encore plus courtes, et une phrase plus longue, et on alterne. Ensuite, pour la notion de lutte, il y a une chose incroyablement forte dans la langue française, ce sont les consonnes. Il y a des consonnes dures qui rendent la langue assez rude, l’utilisation d’une consonne avec certaines voyelles comme le « a » fait que la langue est un peu en bagarre. On entend très bien ça chez Nougaro par exemple.

5. Votre lecture sera-t-elle continue ou bien entrecoupée de temps morts, comme des rounds dans un combat?

C’est tout le mystère de l’improvisation. On fera selon le désir et les choses qui se passent, avec la « caisse à outils », les idées du moment. On prendra peut être des temps morts en fonction des réactions du public. Mais je sais que je peux tenir une lecture en continu.

6. Comment êtes-vous venu à l’écriture?

Je suis écrivain avant tout, dramaturge aussi. Je pratique très très régulièrement des performances comme celle-ci, on demande de plus en plus aux écrivains de pratiquer ce genre de choses. Je vais vous raconter une anecdote : quand j’étais petit, ma soeur avait acheté une machine à écrire pour ses études de secrétariat et moi, comme pas mal de gamins, je piquais sa machine à écrire et j’écrivais des petits bouquins en cachette. Ainsi, de l’écriture manuscrite, je suis passé à l’écriture typographique.

7. Pensez-vous faire d’autres représentations après Emmetrop?

Avec Denis, bien sûr on en fera d’autres. On est en train de préparer la saison prochaine. On va essayer de varier la formule et de travailler ailleurs. Et en ce qui me concerne, on me demande beaucoup de lectures de King du ring en solo.

8. Pour ces prochaines représentations, envisagez-vous de varier et de multiplier vos entraînements proposés en vue de la performance finale?

On ne mène pas nos projets en solitaire, Denis et moi. On ne peut travailler que là où les sculptures de Denis nous emmènent, comme à Bourges ou à Marseille. Dans chaque ville, on s’entraîne à des endroits différents. On ne peut faire qu’avec des structures adaptées. On se tourne vers des structures qui correspondent à notre goût de rencontre. On demande des entraînements, après ce sont les organismes qui nous le permettent. On a une discussion, après on met les gants et on s’entraîne.

9. Envisagez-vous de faire intervenir d’autres artistes (par exemple des musiciens)?

King du ring va être joué prochainement par une compagnie bruxelloise avec des musiques créées spécialement pour l’occasion, avec des artistes singuliers de Bruxelles. De plus, un comédien et un musicien mènent l’aventure King du ring de leur coté à Bordeaux. C’est vraiment le propre d’un texte de théâtre de vivre dans différents endroits, avec des formes diverses. Néanmoins c’est toujours un plaisir pour moi de continuer cette aventure et de porter ce texte là.checchetto

10. Quels sont vos projets futurs?

Je viens de terminer un livre qui s’appelle Puisement, aux accents poétiques. Les deux grands axes de cette année ont été pour moi King du ring et Puisement. Suite à quoi, j’ai un texte pour le théâtre aussi intitulé Kong melancolia qui fait écho à King Kong. C’est une balade avec Kong, le long de son errance jusqu’à l’Empire State Building. J’ai d’autres textes en préparation : un dont le titre provisoire est Paroles, paroles, paroles ainsi que Jours encore après. J’aime bien mener les écritures de front, passer d’un texte à l’autre.

11. Peut-on voir une coïncidence entre la répétition des mots dans vos oeuvres avec votre nom Checchetto?

(rires) Je ne sais pas… J’aime bien cette idée parce qu’on dit que les grands écrivains béguaient dans la langue. Oui, pourquoi pas. J’aime beaucoup rendre la langue bancale. C’est intrinsèquement lié à la langue. C’est la langue que j’aime. Quand je mène des ateliers d’écriture dans les lycées, les gamins sont effrayés parce qu’on leur apprend ce qu’ils n’ont pas le droit de faire ! Ce n’est pas juste pour faire beau ou pour faire genre, c’est vraiment utile de faire bégayer la langue.

Interview réalisée par Véronique G., Lucille, Dominique L. , Boris, Roger et Thomas.


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