L’ange « qui n’a pas d’ailes » et le baby-sitter 1


blondel rue PontyRetour sur le club-lecture du 24 avril à la médiathèque de Bourges.

Moins de monde en ce samedi printanier, mais de nombreux commentaires et des avis contrastés !

 

Le baby-sitter de Jean-Philippe Blondel, Buchet Chastel, 2009.

Jean-Philippe Blondel écrit sur les vies ordinaires, les situations du quotidien, sur des personnages que nous pourrions croiser, connaître. L’immersion dans cet univers familier a intéressé la plupart des lectrices (où furent passés les lecteurs !?) chacune se retrouvant à un moment ou un autre dans la peau des personnages.

Toutes ont reconnu la fluidité de l’écriture, la facilité à tourner les pages du roman. Tout comme le plaisir à suivre le jeune et sympathique Alex dans sa naïveté d’adolescent et dans le cheminement de plus en plus consistant de ses réflexions. Véritable parcours initiatique pour Alex qui devient sans trop le savoir un révélateur chez des adultes bien tourmentés. Un élément fédérateur. D’ailleurs, comme l’a soulevé une lectrice, au milieu de tous ces adultes, Alex apparaît comme le seul élément stable, qui prend les choses en main et crée du lien entre eux.

Si toutes les lectrices sont très vite entrées dans l’histoire, certaines en sont sorties vers les dernières pages. Si la fin du roman a plu aux unes par sa conclusion optimiste et légère, elle est apparue bien superficielle voire incompréhensible aux autres. Comment croire, selon ces dernières, à un dénouement aussi simple.

Peut-être faut-il y voir le regard candide d’un adolescent qui veut y croire ?

C’est précisément à ce moment-là de l’histoire que les avis divergent : dès lors que les adultes prennent la parole pour parler d’eux-mêmes et d’Alex. Une lectrice a dit regretter l’intrusion de ces différentes voix, brisant le processus romanesque. Voix peu crédibles, car trop indistinctes les unes des autres. Comme si finalement c’était la voix de l’auteur que l’on entendait plutôt que celles de ses personnages. C’est pourquoi certaines lectrices se sont senties perdues, un peu agacées même de ne savoir qu’au bout d’un moment qui des personnages prenait la parole.

Peut-être auraient-elles souhaité rester en compagnie d’Alex jusqu’au bout du récit…?

Pour conclure, on dira que Le Baby-sitter fait partie de ces romans qui font du bien. L’humanité qui s’en dégage fait écho à nos propres questionnements, d’adolescent, d’adultes, sur ces fameux « liens que l’on tisse ». Une humanité exprimée sur le mode de l’affection qui jamais ne glisse dans la mièvrerie. Un roman enfin où chaque personnage sort grandi parce qu’il a su, à un moment donné, écouter l’autre et s’écouter soi-même en acceptant les changements que cela implique.

***

Avis plus contrastés avec le roman de Sérigne M. Gueye,  Les derniers de la rue Ponty, éd. Naïve, 2009.

Choisi pour son évocation très personnelle donc bien éloignée des clichés « exotiques » sur l’Afrique, ce premier roman nous présente le Sénégal à la manière d’une fable contemporaine. Serigne M.Gueye, alias Diziz la Peste, fait ici une peinture sans concession de la société dakaroise, sa terre d’origine. Une plongée dans les abîmes de la rue Ponty, dans le tumulte de parcours de femmes que Gabriel, « l’ange qui n’a pas d’ailes », a pour mission de sauver…

« C’est toute l’énergie de l’Afrique que l’on retrouve dans ce livre », a déclaré une lectrice enthousiasmée ! « Le roman offre de purs moments de poésie. Il se dégage de l’écriture une musicalité et des couleurs magnifiques ! » . Une vision poétique donc et mystérieuse qui a conquis la plupart des lectrices qui se sont laissées bercées par les mots du récit « qu’on a envie de lire à voix haute ».

L’originalité de la construction du roman – courts passages qui s’intercalent entre les chapitres – a été reconnue par la plupart des lectrices. Mais si certaines y ont vu des parenthèses poétiques percutantes pour dénoncer la situation du Sénégal, d’autres ont été gênées par ces « digressions » pour repartir non sans mal dans l’histoire proprement dite.  

Tout cela, au détriment de l’intrigue devenue alors confuse. Certaines questions se sont posées : le héros est-il blanc ? Est-il noir ? Quel est le message de l’auteur ? S’agit-il d’une quête d’identité ? D’une dénonciation ?  Que signifie cette rédemption ?

Autres remarques faites par les non convaincues : la dimension fantastique, voire mystique du roman ajoute une note floue à l’histoire, « on ne croit pas à ce personnage », ont dit certaines, « parce qu’il est mort moralement, mais présent physiquement… ». Une contradiction que l’on cherche à élucider au fil des pages, là encore au détriment de l’intrigue.

Il n’en demeure pas moins que toutes ont reconnu derrière les maladresses d’un premier roman, une écriture émouvante et sincère, élégante et prometteuse.

Finalement, en deçà de l’unité fragile de ce roman, ce que l’on en retiendra c’est l’énergie qui s’en dégage, les ambiances si bien rendues et les portraits magnifiques des personnages. Des images, en somme, aux couleurs contrastées, que l’on garde en mémoire. 

 


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Commentaire sur “L’ange « qui n’a pas d’ailes » et le baby-sitter

  • Christine Loubeyre

    Ce petit compte rendu de vos rencontres montre, une fois de plus, que chacun s’approprie un texte de manière très différente. En ce qui concerne « Le baby sitter », j’ai personnellement apprécier d’avoir le point de vue des « employeurs » d’Alex. Je trouve intéressant de ne pas avoir une seule perception des évènements, de pouvoir confronter les sentiments des autres personnages à ceux du personnage principal. Surtout lorsqu’il s’agit de situations aussi complexes pour chacun des personnages. Les différents avis donnent, en ce qui me concerne, une autre dimension à ce roman.
    En tous cas ce livre a touché ses lecteurs(trices).
    Merci Isabelle de nous faire partager et échanger autour des livres à travers Chermédia, puisqu’il ne nous est pas toujours possible d’assiter à ces rencontres à la médiathèque.