Maniaque de la cloche… 1


Mike

Si le nom de Mike Oldfield ne vous évoque rien, vous connaissez tous, sans doute, ses plus fameux morceaux pop « Moonlight Shadow » (1983, album « Crises ») et « To France » (1984, album « Discovery », bel hommage à notre pays), interprétés tous deux par la chanteuse écossaise Maggie Reilly (visible sur le live de « Ommadawn » au festival suisse de Montreux de 1981 en 3ème vidéo), ces deux chansons passent d’ailleurs encore régulièrement sur certaines grandes radios FM… http://www.youtube.com/watch?v=LpJMOb4TZGc Cela dit, il est dommage de résumer le discret compositeur-interprète à cela , il faut dire qu’il a fait tellement de choses encore bien meilleures et plus intéressantes musicalement (ici un live de « Tubular Bells III » à Londres dans les années 90-2000, reprise électro-acoustique du premier album originel datant de… 73, enregistré lui en live dans les studios de la BBC) ! Et puis ce guitariste hors-paire a un son qui se reconnaît immédiatement, et qui ne ressemble à aucun autre…

Bien que sa carrière soit à part – et finalement inclassable – dans le monde musical, on peut dire que ses premiers disques instrumentaux, à compter du chef-d’oeuvre initial « Tubular Bells » (1973) composé dès l’âge de 17 ans et publié à seulement 20 ans (!), et jusqu’à « Incantations » (1978), figurent dans la catégorie (folk-) rock progressif et sont d’ailleurs les meilleurs albums… En effet, chaque disque (vinyle) se compose alors de seulement deux morceaux (jusqu’à 4 pour « Incantations », exceptionnellement), sobrement intitulés « Part One » et « Part Two »… mais chacun des deux morceaux dure respectivement environ 15 à 20 minutes !

Mike Oldfield (né Michael Gordon Oldfield en mai 1953 à Reading entre Londres et Oxford, d’un père militaire et d’une mère infirmière dans l’armée, irlandaise d’origine), dont l’instrument de prédilection est la guitare électrique, développe un thème musical de base, qui revient sans cesse au cours de l’album, avec des digressions très riches, tantôt calmes, tantôt plus soutenues…
Il compose et joue alors seul la plupart des autres instruments pré-enregistrés : flûtes, clarinette et hautbois, piano, orgues dont le farfisa, guitare sèche, bouzouki et mandoline, guitare basse et percussions dont le xylophone et le bodhràn irlandais  (…), ainsi que les fameuses cloches tubulaires au son si particulier, et que l’on retrouvera dans nombre de ses futurs albums, comme en écho à sa première composition emblématique – connue dans le monde entier grâce au fameux film d’épouvante de William Friedkin : « The Exorcist » (1973) – et seul un choeur de voix féminines (dont sa soeur Sally) vient donner un peu d’humanité à cette profusion instrumentale, comme dans l’incontournable et sublime « Hergest Ridge » (1974), deuxième album de Mike… … …

http://www.youtube.com/watch?v=CDal2p_zxIEAaaah… « Ommadawn » ! Ce troisième album (Virgin Records, 1975), composé à seulement vingt-deux ans (!), après « Tubular Bells » et « Hergest Ridge », est sans doute mon préféré de Mike Oldfield, tellement son innovation – pour l’époque – et sa richesse sonore sont époustouflantes, chaque écoute enrichit un peu plus la palette d’émotions qu’il procure…

L’idée originale d’associer et de fusionner – toujours avec une dominante de guitare et sur deux morceaux longs d’une vingtaine de minutes chacun – des percussions africaines et des instrumentations celtiques (voire d’Europe centrale comme avec le sirtaki grec, écoutable plus haut en deuxième vidéo), est neuve et à contre-courant de la mode musicale du milieu des années 70 (en pleine période glam-rock et punk – à propos de glam-rock, parmi ses nombreuses guitares électriques, Mike Oldfield possède une Fender Telecaster ayant auparavant appartenu à Marc Bolan, du groupe T-Rex…).

Ce disque a sans doute influencé un concept multinational comme celui des années 90-2000 : Afro-Celt Sound System auquel participera la chanteuse Sinneàd O’Connor, parmi bien d’autres artistes moins connus (trois volumes au moins, signés sur le label indépendant de Peter Gabriel : Real World)…

A noter la participation sur « Ommadawn » de Paddy Moloney, leader du groupe trad irlandais The Chieftains, pour un solo éblouissant de uileann pipe (cornemuse irlandaise) – on retrouvera Paddy sur l’album « Five Miles Out » en 1982, sur le seul titre véritablement intéressant : « Taurus II » (plus de 24 minutes d’instrumental !) – ; ici Mike l’accompagne avec de superbes envolées de guitare électrique, sur fond de djembés en transe (d’ailleurs le final explosif de la première partie de « Ommadawn » serait pour l’auteur-compositeur l’image de sa naissance et de son expulsion « hors du vagin de sa mère » (!), d’ailleurs décédée en cette année 75 La deuxième partie contient, quant à elle, un bonus final sous forme de petite chanson intitulée « On Horseback » ou « A dos de cheval », où Oldfield récite une ode pacifiste à la nature, ponctuée par un superbe refrain avec choeur d’enfants)…

Su-bli-mi-ssime !

(ci-dessus un morceau planant de la soeurette Sally Oldfield en 1978, issu de l’album « Water Bearer », qui fait beaucoup penser aux ambiances mystérieuses de « Ommadawn » ou encore plus fragrant celles de « Incantations » la même année 78 pour Mike http://www.youtube.com/watch?v=tI72n1oMSlI, surtout à cause de l’utilisation de xylophones ici… A noter que le 3ème frère, Terry Oldfield, fait lui aussi de la musique, dans le style new-age & relaxation : quelle famille !). Les années 80 seront ponctuées de multiples albums dont la qualité est plus ou moins bonne, les longs morceaux des débuts laissant place en majorité à de courts tubes FM, très démagogiques dans l’ensemble, malgré une grande originalité – la musique de Mike Olfield ne ressemblant à rien d’autre – (après « Tubular Bells », le producteur Richard Branson qui lança sa maison grâce au succès international de l’album, avait fait signer un contrat d’exclusivité abusif au musicien chez Virgin Records, pour une longue durée et surtout l’obligation de signer au minimum 10 à 15 autres disques, ce qu’il fera jusqu’en 1991 avec le dernier signé chez Virgin : « Heaven’s Open », 13ème opus dans la discographie impressionnante d’Oldfield et d’ailleurs le seul album où il chante lui-même, mais ce dernier est aussi considéré par les fans comme le moins réussi et le plus kitsch de son oeuvre !)…

Comment bien parler de « Amarok » fêtant en 2010 ses 20 ans (Virgin Records, 1990) ? Difficile, tellement ce superbe concept-album (expérimental) * d’un seul morceau – d’une heure – est LE chef-d’oeuvre du renouveau pour Oldfield, après une décennie 80 décevante et qui chercha vainement à attirer le grand public, grâce à des chansons pop-rock qui suivirent la mode sans toujours parvenir à durer dans le temps **…

Là, on a affaire à un grand retour délirant aux morceaux instrumentaux progressifs des années 70 (« Tubular Bells », « Hergest Ridge » et surtout « Ommadawn » auquel il peut parfois faire penser, à cause des percussions africaines dirigées ici par Julian Bahula).
On a ici une profusion d’instruments en tous genres et de tous pays (modernes ou traditionnels, comme par exemple le Tin whistle, une petite flûte irlandaise), enrichis par des bidouillages sonores curieux et fous : enregistrements de bruits d’aspirateur, de sonnerie téléphonique, de mobylette qui démarre en vrombissant, de verre brisé, de brosse à dent en pleine action, etc… … …
Sans oublier au final – après l’explosion ultime aux cloches tubulaires, clin d’oeil 17 ans après au premier album « Tubular Bells » – un faux discours de Margaret Thatcher par l’imitatrice britannique Janet Brown, dans un anglais impeccable (« Endings Are Just Beginnings… ») : What a nonsense !

C’est un album qui demande beaucoup d’attention et de patience pour être apprécié à sa juste valeur, il peut faire fuir le non-initié à la première écoute, mais s’avère en fait d’une grande richesse, et d’une construction « symphonique » très logique, absolument jouissive ; chaque écoute renouvelle le plaisir auditif et les impressions qu’on peut en avoir…

Magistral ! Cependant je ne le conseillerais pas à quelqu’un qui ne connaît pas du tout Mike Oldfield, l’auditeur doit tout d’abord commencer, petit à petit, par des oeuvres plus accessibles (et pourquoi pas par le best of 2 CD de 1985 intitulé « The Complete »), s’il veut apprécier objectivement « Amarok »… Voici le site Myspace du compositeur, parfois appelé « le Mozart du rock » vu sa précocité : http://www.myspace.com/michaeloldfield ; celui de Paddy Moloney et des Chieftains : http://www.myspace.com/thechieftains ; celui du groupe Afro Celt Sound System : http://www.myspace.com/afrocelts ; et enfin celui de l’une des chanteuses attitrées (parmi tant d’autres) de Mike Oldfield, l’écossaise Maggie Reilly : http://www.myspace.com/maggiereillyrr… … … Sans oublier Sally et Terry les frère et soeur : http://www.myspace.com/sallyoldfieldofficial et http://www.myspace.com/terry.oldfield.

Voici la discographie complète et impressionnante de Mike Oldfield sur le site officiel : http://tubular.net/discography/(Pour terminer, une reprise du compositeur italien Gioacchino Rossini avec « William Tell Overture » dans les années 70 par le multi-instrumentiste prodige ici dans un clip étonnant… … … Si le génie Mike Oldfield n’existait pas, il faudrait l’inventer, voire le cloner !!!)

http://www.youtube.com/watch?v=iGC7OEG2TUU(* : afin de mieux appréhender l’oeuvre à priori peu engageante, il faut prendre le temps de lire en anglais la pochette intérieure du CD « Amarok » qui raconte une histoire fantastique, celle de deux explorateurs – en Afrique ? En Irlande ??? – et d’une statuette découverte au fond d’une grotte, qui émet des sons mystérieux – ceux entendus dans l’album – et qui s’éloigne au fur et à mesure que ceux-ci s’en approchent…)

(** : à un moment donné, dans « Amarok », selon les critiques de l’album, on peut apparemment entendre – moi je n’ai pas réussi à trouver où – Mike Oldfield dire « Fuck You R. B. », petit message codé à son exploiteur Richard Branson ! En 1992, Oldfield est passé chez Warner-WEA, puis enfin de nos jours chez Mercury Records, son dernier album en date étant la symphonie « classique » et « sidérale » de 2008 « Music of The Spheres »… … … Enfin un livre qui devrait bientôt être traduit en français j’espère : « Changeling : The Autobiography of Mike Oldfield », publié en 2007 chez Virgin Books, où le musicien évoque ses succès fulgurants et son enfance auprès d’une mère en proie à de nombreuses difficultés : addiction à l’alcool, troubles psychiques… La musique étant alors pour lui une échappatoire et une forme d’expression de sa souffrance – en particulier ses riffs caractéristiques de guitare électrique – qu’il n’arrivait pas à extérioriser ailleurs, étant lui-même sujet à une grande timidité voire à des crises de panique, qui le firent interrompre sa carrière entre 1975 et 1978… … … Cette timidité maladive ne l’a pas empêché de séduire et d’épouser une de ses chanteuses attitrées dans les années 80, la sculpturale et blonde norvégienne Anita Hegerland, ici dans le clip kitsch de « Pictures In The Dark », sacré Mike ! Un blog intéressant pour ses commentaires sur la discographie du musicien : http://flabonde.free.fr/oldfield.htm).http://www.youtube.com/watch?v=Ll8n5v0I7Fs


A propos de stef18

Adjoint du patrimoine à la médiathèque de St-Florent-sur-Cher depuis 10 ans bientôt, je suis actuellement affecté à la section adultes (commandes de livres documentaires et BD ado-adultes, CD audio et DVD)

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