Musiques divines pour frissons mystiques garantis


La musicienne autrichienne Christina Pluhar, chef d’orchestre, harpiste, joueuse de théorbe, luthiste fête avec cet album les 10 ans de L’Arpeggiata, ensemble vocal et instrumental spécialisé dans le répertoire de musique ancienne et baroque qu’elle a créé en 2001. Après une première collaboration en 2009 avec la soprano Nuria Rial et le contre ténor Philippe Jaroussky dans un album consacré au compositeur Claudio Monteverdi, Christina Pluhar retrouve les deux solistes pour notre plus grand bonheur. L’écoute de cet enregistrement est tout sauf un chemin de croix

http://www.youtube.com/watch?v=-F-MA-d3gts

L’album sous titré rappresentazione della gloriosa Passione di Cristo est constitué de musiques sacrées ou traditionnelles italiennes, allemandes et françaises.

Grâce à un livret copieux et documenté, nous apprenons que les mystères , genre théâtral apparu au XVe siècle en France et en Angleterre  et ayant souvent pour thème la Passion du Christ, sont introduits en Italie par les Franciscains à Pérouse en 1260. Ces scènes dramatiques parlées et chantées nommées Laude spirituali  étaient jouées à l’église pendant les fêtes liturgiques. Leurs thèmes empruntés à la bible sont souvent influencées par des éléments profanes, mythologiques, allégoriques ou comiques : les Laude populari. Ce concept de la représentation sacrée connaît son apogée au XVIe siècle et plus de cent textes imprimés des poètes Feo Belcari, Castellano Castellani, Lorenzo de Medici et Bernardo Pulci en témoignent.

Ces représentations sacrées constitueront ensuite l’élément principal dans le développement de l’opéra né à Rome en 1630 et de l’oratorio.

L’esprit des Laude popolari médiévales s’est d’ailleurs perpétué dans la tradition italienne car aujourd’hui encore des jeux de la Passion se déroulent pendant la semaine sainte dans le Sud de l’Italie, en Sardaigne et en Sicile.

En Allemagne, les mystères, jeux de Pâques et jeux de la Passion furent dotés de textes allemands dès le XIIIe siècle et sont surtout répandus dans les régions catholiques de Bavière et d’Autriche.

En Corse, pendant les célébrations de la Semaine sainte, de nombreuses processions se déroulent où se mêlent traditions chrétiennes et rites archaïques.

Enfin dans toute l’Europe, on trouve dans la musique liturgique des berceuses associées aux cérémonies de Noël.

L’album alterne donc musiques sacrées composées entres autres par Tarquinio Merula (1594-1665), Giovanni Legrenzi (1626-1690), Benedetto Ferrari (1693-1681) ou le plus connu Claudio Monteverdi (1567-1643) avec des musiques traditionnelles : chants polyphoniques corses interprétés par le groupe vocal Barbara Furtuna ou tarentelles des bergers de Carpino et enfin de la musique instrumentale avec des compositions de Heinrich Ignaz Franz von Biber (1644-1704) dont l’Annonciation et l’Aria.

Bunifaziu

le groupe polyphonique corse Barbara Furtuna

Frissons mystiques garantis grâce aux interprétations remarquables soutenues par les arrangements inspirés et la subtile direction de Christina Pluhar. D’ailleurs, même les anges sont convoqués par l’intermédiaire de la voix indéfinissable du ténor napolitain Vincenzo Capezzuto sur le morceau composé par Enzo Gragnaniello intitulé Stu criato qui clôture l’album. Bref une Passion du Christ à ne pas manquer avec en prime un DVD retraçant les dix ans d’activité de L’Arpeggiata.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

43 + = 44