Passeurs de poèmes : le choix de Christine 1


Ballade de l’invitation au travail

 

Pour s’affirmer expert en ses travaux,

Qu’on soit poète ou marchand de fécule,

Certain précepte, et non des plus nouveaux,

Dit : faut peiner de l’aube au crépuscule,

Durant l’hiver, pendant la canicule,

Et honni soit le flemmard fanfaron

Qui devant l’âpre et dur labeur recule :

C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

 

Le coryza gêne-t-il vos cerveaux,

Et, dégoutant de façon ridicule,

Vos nez sont-ils comme les nez des veaux ?

Faut vous moucher. – Aussitôt s’articule

A votre épaule une aile minuscule

Et, réduit à la taille d’un ciron,

En voltigeant dans les airs on circule :

C’est en mouchant qu’on devient moucheron

 

Souhaitez-vous, des athlètes rivaux,

De vous montrer plus robustes qu’Hercule ?

Jalousez-vous la force des chevaux ?

Faut vous percher sur quelque monticule.

Muni soudain d’un poitrail majuscule

Et d’un fessier gros comme un potiron

On peut traîner le plus lourd véhicule.

C’est en perchant qu’on devient percheron.

Envoi

Lis donc ces vers, Prince, principicule,

Comte, marquis, duc, vidame ou baron.

En renonçant on devient renoncule.

C’est en lisant qu’on devient liseron.fleur-liseron

 

Lucien Metivet

 tiré de l’anthologie « L’humour 1900 », Flammarion, 1963

 

J’ai emprunté cette poésie sur le site des « passeurs de poèmes« 


A propos de Christine Loubeyre

Bibliothécaire à la Direction de la lecture publique depuis maintenant 32 ans, j'ai participé aux différentes évolutions de la bibliothèque départementale : des livraisons de livres dans des caisses à la réalisation de ce blog, en passant par des prêts directs et des créations de bibliothèques municipales.

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Commentaire sur “Passeurs de poèmes : le choix de Christine

  • Christine Perrichon

    Et un autre regard sur l’invitation au travail (encore Gaston Couté, évidemment)
    LES TACHES

    L’matin, au coup d’clairon des oés
    On saute à bas au grand galop,
    Et l’on s’en va-t-aux champs piocher
    Jusqu’à midi à nout’ clocher.
    A midi, on casse un morceau
    Pis on r’pioch’ tout le temps du tantôt.
    Le souer, on rentre à la maison
    Pour manger la soupe au cochon,
    Et, prés d’sa femme eun’ foués couché,
    Avant d’dormi’ faut ‘cor… bûcher.

    Et v’là comm’ ça qu’est cheu nous :
    On se r’pos’ qu’un coup dans l’trou.

    On trim’ comme eun’bête el’ lundi,
    On fait la mêm’ chous’ le mardi,
    Et, pou se r’poser l’méquerdi,
    On fait comm’ lundi et mardi ;
    L’jeudi, à seul’ fin d’se changer,
    On va vend’ son beurre au marché.
    Le venterdi et le sam’di
    On r’prend la tach’ du méquerdi
    Et, l’dimanch’ quand on prend du r’pous,
    On n’le sent pas pasqu’on est saoûl.

    Et v’là comm’ ça qu’est cheu nous :
    On se r’pos’ qu’un coup dans l’trou.

    Tout l’hiver on bat à grands coups
    Su’l’air’ des granges le blé d’août.
    Un coup qu’arrive el mois de mars
    On peign’ les champs avec sa harse.
    Grobants sous l’souleil en été
    On fane el’foin, on fauche el’blé.
    En automne on coupe el raisin.
    On fait l’vin doux, on sème el’grain.
    Et quand que r’vient les moués d’janvier,
    Reste pas qu’à s’chauffer les pieds.

    Et v’là comm’ça qu’est cheu nous :
    On se r’pos’ qu’un coup dans l’trou.

    Quand on est tout petit petiot
    On va-t-à l’écot’ de l’hamieau.
    Quand qu’on attrap’ douze à treize ans
    Faut s’en aller piocher aux champs.
    A vingt ans on sert sa Patrie,
    En s’en r’venant d’là on s’marie,
    On fait des petits à soun heure,
    On est patriote, électeur,
    Contribuabe ! … et ça continue
    Jusque là ousqu’on n’en pouv’ pus…

    Et v’là comm’ ça qu’est cheu nous :
    On sc r’pos’ qu’un coup dans l’trou.