Que lire dans nos campagnes


Tout est parti de « Cette histoire avec la vache« . Une angoisse de mère somme toute bien compréhensible ? Vous savez, de celle qui vous fait hésiter à laisser les petits s’élancer tête baissée sur le tremplin de la piste de skate, sortir sans écharpe en hiver, pêcher seul au bord de la rivière, rentrer à la maison en prenant un chemin différent du vôtre…tout ce dont ils ont besoin pour grandir et qui vous met dans un état d’anxiété insupportable. Bref, ce texte a de suite trouvé écho en moi.

Mais comment ce livre qui était fait pour moi est-il tombé entre mes mains ?

Voilà. En arrivant ce matin là à la bibliothèque, je traverse comme toujours la salle d’acquisition, mon bureau est situé juste après. Un petit format noir en haut d’une pile en attente d’estampillage- la petite marque de propriété que les bibliothécaires apposent sur les documents en faisant attention de ne pas défigurer une illustration ou masquer un mot- arrête mon regard. Sur la couverture une petite silhouette paille évite bien malgré elle la confrontation avec la vache: elles sont séparées par le dos du livre.

Ecrit par Marlen Haushofer, mis en images par Katrin Stangl, traduit de l’allemand par Violette Kubler, publié en 2008 dans la Collection l’étrangeté aux Editions Être.

Je suis un peu en avance ce matin, je m’accorde le temps de le lire; c’est un album, c’est pour les petits, encore que, avec les Editions Être, les frontières d’âge sont volontairement brouillées, et l’ambition est au rendez-vous des tout petits déjà et elle n’exclue pas les plus grands. La même exigence était déjà défendue par Christian Bruel et ses auteurs au Sourire qui mord, une maison d’édition disparue en 1996 et réapparue telle le phénix et pour notre plus grande joie sous le nom des Editions Être.

J’accroche tout de suite. J’adore le décalage qu’il y a entre le style narratif, concis et classique, et la subversion du récit. Les variations graphiques de Katrin Strangl viennent prolonger cette impression « d’inquiétante étrangeté » née de la lecture de la nouvelle. C’est jubilatoire !

Comme je suis reliée au Monde par l’Internet, et bien que non native, je suis en bonne passe d’acquérir le clic de la bibliothécaire, je vais m’informer sur le web.

Car je suis intriguée. Qui est cette Marlen Haushofer que je ne connais pas ?

Une rapide vérification dans notre catalogue -l’écrivain est-il répertorié chez nous ?- puis je fonce dans le magasin de la BDP, ce vaste entrepôt où des documents de toutes sortes dorment parfois depuis longtemps -le fameux fonds des bibliothèques, il mérite bien son pluriel-. Et je reviens avec toute la pile des livres de Marlen Haushofer … mais comment, ils sont tous EN RAYON ?

Cela va me permettre de les lire, d’accord, mais n’hésitez pas, réservez-les, c’est pour vous que nous les avons choisis, achetés et conservés. Certains ne sont plus disponibles que dans votre bibliothèque préférée, celle d’où je vous écris ou une autre.

Bonnes découvertes !


A propos de Kathie Durand

Venue au monde en été dans un pays d'ange, après quelques errances, j'ai découvert avec ravissement la vie bouillonnante - et cachée- des bibliothèques. Deux jours de bonheur dans la semaine à Villetaneuse puis Massy, avec des bibliothécaires qui portaient avec enthousiasme la Lecture Publique. Entrée sans plus attendre dans ma vie professionnelle, Aubervilliers, le 93, à la faveur de multiples remplacements de congés maternité qui se sont succédés aux petits oignons, trois petites filles vers lesquelles vont toute ma reconnaissance ! Merci à Evelyne Pieiller qui m'a fait confiance, "vous commencez mardi prochain", à Sylvie Solana qui m'a "mise sur le coup", et Frédérique Pinzan qui en plus de faire un bébé m'a obtenu une place au foyer de jeunes travailleurs - j'avais passé l'âge-. A l'époque j'ai rencontré Henri Michaux par la bibliothèque de la Maladrerie, laquelle porte son nom et le propage amoureusement en estampillant les livres à son nom à l'encre verte. Première rencontre. Quelques décennies plus tard retour dans le Cher c'est dans l'ordre des choses une fille s'installe près de chez ses parents répétait mon père depuis toujours ! Avec un petit, et oui, qu'il grandisse avec un grenier et des framboises à grignoter. Maman, et à la BDP, Bibliothèque Départementale de Prêt. Tout ce vert dans les yeux au cours des premières tournées bibliobus. Allouis, Sancergues, Crézancy-en-Sancerre, Pigny, Farges-en-Septaine et Savigny-en -Septaine, Lunery-Rozières, Méreau, c'est Aragon qui a fait swinger les noms des communes de France. Des centaines de documents déposés au fil des kilomètres, parfois choisis avec avidité par vous les "dépositaires", chargés de faire vivre le livre dans les bibliothèques municipales. Aujourd'hui s'ajoute, cette nouvelle aventure à partager et à écrire avec vous. Demain, le numérique changera peut-être notre vie.

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