« Régime Sec » roman – Fayard – 2008 1


9782213634777-V

J’aime penser qu’un livre peut tout.

Que la puissance de son style et la précision de son contenu, sa pertinence, son actualité autant que sa manière d’abolir les frontières du temps en déplaçant les problématiques d’une époque ou d’une génération vers une pensée intemporelle nourrissante pour le futur puisque questionnant le présent, bousculant les idées correctes, remettant en cause l’ordre de la pensée établie, réveillant l’envie d’en découdre avec ce qui pollue les esprits, ce qui les endort, ce qui les aliène ; une pensée, un style, une vérité, un combat pour déverrouiller tous les désirs de révolte, d’amour, de création…, que tous ces ingrédients-là fassent qu’un livre, au-delà de sa fonction de mettre en question l’humanité toute entière, le sens de notre existence et de nos engagements, puissent impacter les consciences, j’aime le penser. C’est cette pensée qui me porte. Si je n’avais pas le moindre espoir…

Dans mon enfance, j’ai été sensibilisé au mensonge et aux dégâts qu’il provoque. « Les meilleurs anti-cléricaux sont d’ex-enfants de chœur ! ». J’ai dénoncé le mensonge comme un moyen pervers d’empêcher, de parasiter la structuration identitaire de l’enfant.

Si l’on ne me dit pas d’où je viens, je ne peux pas savoir qui je suis.

Savoir-apprendre dans  une parfaite conscience de mes origines pour que ma structuration se déroule dans des conditions optimales et que j’accède au désir libre et autonome.

Fort de cette expérience libératrice, je vais à nouveau écrire contre le mensonge. Mais cette fois-ci en ouvrant la sphère familiale, je quitte son univers névrotique pour entrer dans la sphère de la société où le mensonge est un maillon essentiel du fonctionnement politique, un des moyens que les puissants ont trouvé pour perpétuer leur domination. Le mensonge des gestionnaires du monde (élus, autoproclamés) est à l’image de celui des « éducastreurs », il est aliénation. Les dominateurs du monde moderne ont à leur disposition des armes de destruction massive des esprits : l’ignorance, le mensonge, la répression (si nécessaire. Mais tellement nécessaire).

En terme de message, je n’invente rien car tout cela a déjà été dit dans de grands romans par de grands écrivains. Mais à travers mon langage, mon travail sur l’écriture la plus juste et ma vision du monde actuel et prochain, je ne fais que m’inscrire dans la continuité d’une dénonciation indispensable.

L’histoire de mon prochain roman se déroule dans un avenir que j’estime imminent. La majeure partie du roman sera un flash back.

La narration décrit le parcours de trois familles de personnages :

1)     les victimes

2)     les profiteurs

3)     les résistants


Au temps présent, Arthur Blaquet est en prison. Il écoute les logorrhées de Fred, être brisé par le chaos du monde et le système carcéral. Arthur, dit « Art », est en communication secrète avec Alice, sa compagne. Lettres, pensées, rendez-vous à distance sont ses seuls liens avec elle et l’extérieur. Après des années de lutte, Arthur a été arrêté lors d’une manifestation par la milice gouvernementale.

Motif : incitation à la débauche, trafic illicite de produits contraceptifs, adhésion et soutien aux thèses « libidinales et perverses d’une association terroriste…», autant de chefs d’inculpation absurdes inventés par une justice aux ordres du pouvoir qui a décidé de rendre le désir impossible, répréhensible, contraire aux nouvelles lois sur la fonction et les pratiques de la sexualité.

J’écris un roman d’amour contre la possession dans un régime dictatorial qui s’approprie la vie des individus. C’est un roman sans possession sur un monde sans amour.

Wilhelm Reich dit dans « La fonction de l’orgasme » : « Pour le régime patriarcal, la fonction de la répression de la sexualité est de facilité la soumission des sujets… Seule la libération de la capacité naturelle d’amour chez les êtres humains peut dominer leur destructivité sadique. »

A l’instar du Big Brother de Georges Orwell, le régime sous lequel vivent où survivent les personnages de mon roman a décidé « d’abolir l’orgasme ». Mais la société décrite est différente de celle de l’auteur anglais. C’est celle du début du troisième millénaire. Il n’y a plus de travail que pour une minorité de personnes, la fonction publique n’existe plus, tous les secteurs sont privatisés, des lois anti-désir sont imposées, tous les moyens de contraception sont interdits. La société est fractionnée : les riches d’un côté vivent cachés dans des zones ultra sécurisées ; de l’autre, les pauvres survivent dans des zones ghetto en vidéo surveillance constante. La résistance s’organise mais l’inégalité des forces est à son désavantage.


Le flash back :

La famille des miséreux : Jeff le père, Claudie la mère et Choupette la fille vivotent dans un taudis de banlieue. Petits boulots, débrouille, alcool, violences etc. La petite fille d’une dizaine d’année est mutique. Victime elle aussi du chaos social, elle observe impuissante l’inexorable chute de ses parents vers la misère la plus noire.

La famille des riches : le père, la mère, la fille, le fils, vivent dans un immense appartement du seizième arrondissement de Paris. Le père est PDG d’une des plus importantes entreprises d’armement d’Europe. La fille entreprend la traversée du Pacifique à la rame. La mère papillonne d’un cocktail à un autre. Le fils reste dans sa chambre, il est psychotique.

La troisième famille, celle des militants : elle est composée entre autres d’Arthur Blaquet et d’Alice Dolce. Pessimistes mais pleins d’énergie, ils ont le sentiment de vivre dans une société pré-fasciste mais n’en abandonnent pas pour autant leurs rêves et leurs utopies. Ils prennent le temps de faire l’amour.


Des élections ont lieu. Un parti autoritaire prend le pouvoir et tout bascule dans le chaos, la répression, l’injustice absolue, le mensonge, la manipulation. Toutes les structures républicaines sont mises à bas, la dictature s’installe pour de longues années.

En quelques mois la famille de Jeff se retrouve vite à la rue, dans des cartons. Ça finira mal.

Anne-Sophie D’Axoy rame dans le Pacifique, loin de la réalité, dans son rêve individualiste. M. D’Axoy est nommé ministre de la Défense Nationale. Ça finira bien.

Arthur, Alice et les autres, résistent, continuent de s’aimer, cherchent et trouvent dans la pratique d’une sexualité libre l’expression d’une résistance à l’oppression, ils se cachent, prennent des risques, tentent de fissurer le système en réorganisant les solidarités et en participant à des actions violentes contre des structures-symboles du pouvoir.

Ces trois familles ne se rencontreront pas, hormis au travers de leurs réactions à la situation politique.

Des incursions du temps présent auront lieu à l’intérieur du flash back. Arthur, emprisonné, attend les lettres d’Alice, écoute les délires paranoïaques de Fred tout en décelant chez ce personnage une certaine lucidité.


Dans la continuité de mon premier roman, je travaille sur le langage des personnages. Au-delà du message, je suis à la recherche d’une écriture populaire, simple, accessible, en lien direct avec les problématiques de notre temps. Très influencé par le style théâtral et l’engagement d’auteurs tels que Dario Fo et Harold Pinter, je tente d’atteindre le cœur du langage, de le gratter jusqu’à l’os comme me le conseillait Enzo Corman, pour que les personnages parlent de leur propre voix. Je veux être à l’écoute de leurs pensées et de son expression afin de la faire entendre aux lecteurs dans sa plus grande justesse. C’est en m’effaçant derrière leurs mots que le lecteur pourra comprendre leurs véritables engagements, leurs utopies, leurs illusions, leurs silences ou encore leur résignation. Je cherche à relier directement le lecteur à mes personnages, de manière juste et concrète, afin que des questions essentielles naissent de cette rencontre.

« C’est à partir du langage que l’on peut concevoir une histoire. Construire un monde passe en grande partie par la façon dont les personnages s’expriment. » Phrase des frères Cohen à propos de leur film « Fargo »


Olivier Bordaçarre

2007



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Commentaire sur “« Régime Sec » roman – Fayard – 2008

  • Veronique-genest

    Ce livre est passionnant, il aide à faire garder un regard lucide sur la société capitaliste dans laquelle nous baignons. Il nous rappelle que les rapports humains sont la chose la plus importante dans la vie. Bon travail.