Rentrée littéraire 2010 : un regard 1 2


9782846823425

 

 

 

 

 

 

 

 

La Centrale de Elisabeth Filhol, P.O.L.

Ce serait céder à la facilité que de dire que ce premier roman est une bombe ! et pourtant…

Sans bruit ou presque (n’est-ce pas frappant le silence qui règne autour des centrales nucléaires ?), le narrateur nous conduit quasiment au coeur des réacteurs mais… sans la combinaison de protection.

De Chinon au Blayais en passant par Belleville, le lecteur découvre le monde marginal des travailleurs itinérants qui vivent avec une épée de Damoclès en forme de nuage de vapeur ou de piscine bleu électrique au dessus de la tête. Notre alarme intérieure clignote en rouge aux premiers mots du récit : « Trois salariés sont morts au cours des six derniers mois… »

L’absence de dialogues, la précision chirurgicale des descriptions techniques pourraient retirer toute humanité et toute poésie au texte mais il n’en est rien ; Elisabeth Filhol instille au fil des pages le doute, un peu d’amitié, l’angoisse,  peut-être le désespoir de ces hommes (très peu de femmes dans ce milieu) « ordinaires » qui vivent dans des caravanes, des mobiles homes ou des hôtels, comme en vase clos.

Pour couronner la peur, les événements de Tchernobyl viennent de loin en loin alourdir l’atmosphère…

Des phrases courtes, saccadées, tranchantes contrastent avec de longs paragraphes (comme les méandres d’un fleuve) et rendent plus perceptible encore ce monde à la fois vaste et étouffant des centrales nucléaires.

Ce roman est sélectionné pour le prix Goncourt du premier roman 2010 : guère étonnant !


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2 commentaires sur “Rentrée littéraire 2010 : un regard 1

  • Christian

    Bravo Marie-Jeanne pour ce premier regard! Dans l’équipe d’intellos du Masque et la Plume, deux coups d’ encensoir ce soir pour Elisabeth Filhoh, chapeau! Quel nez! Mais remets ton masque, y a encore des retombées, moi, je remets mon chapeau!

  • Veronique-genest

    ce livre nous rappelle à tous que pour vivre et exister nous avons besoin d’électricité, produite en France à 75 % par les centrales nucléaires. Tous les jours des hommes prennent des risques de radiation pour notre confort à tous. Chapeau. Par ailleurs, la description de l’incident de Tchernobyl, réexplique bien le fonctionnement des centrales et le danger de leur utilisation. Bon livre