Rentrée littéraire 2015


Barnabas Kane est irlandais. En 1945, il revient avec sa femme Eskra et son fils Billy s’installer dans une ferme de sa terre natale, le Donegal. Dans sa jeunesse, il avait émigré à New-York et travaillé comme riveteur sur les chantiers des gratte-ciel.
Dès le début du roman, on sent une menace diffuse. La jument semble s’être blessée, Billy s’est coupé et Barnabas extrait du sol une pierre curieuse comme un outil du néolithique.
Et puis c’est le drame : le feu détruit l’étable, les vaches ; le vieux Matthew Peoples, un employé de Barnabas meurt dans l’incendie. Les voisins accourent pour éteindre l’incendie mais pas un ne va pas aider Barnabas, cet immigré, ce « faux pays » à reconstruire son étable. Tous le tiennent pour responsable de la mort du vieux Matthew et pour Barnabas et sa famille c’est « comme si les portes noires de l’Enfer venaient brusquement de s’ouvrir ».
On a même l’impression que tous vont se liguer contre lui, guettant sa déchéance : personnages inquiétants, aussi rudes que leur terre qui ne fait pas de cadeau :
la veuve du vieux Matthew Peoples qui ressemble à une sorcière, n’hésitant pas ravager sa chevelure mèche après mèche devant tout le monde, quand Eskra l’accuse d’être responsable de la mort de son chien, Cyclope, d’avoir massacré ses abeilles par une attaque de guêpes, d’avoir volé ses draps neufs pour remettre ceux cendrés par l’incendie, où on semble apercevoir le visage du vieux Matthew,
ou ce Charlie Cannon entraperçu, presqu’un fantôme : « un antique faciès modelé par la langue du vent et de la pluie. Sous le parchemin de sa peau, ce ne sont pas des os qui se devinent, mais du bois de tourbe, comme s’il avait été engendré par la mousse, un être sans âge menuisé et sculpté par les soubresauts paresseux de la terre. »
Des personnages sans âge mais d’un autre temps, dont le plus menaçant dira à Barnabas, en parlant des ruines des maisons dont il a pris les pierres pour tenter de reconstruire sa grange : « Ces pierres, ce sont nos ossements, elles font partie de la terre, ce sont nos antiques reliques qui doivent rester dans nos mémoires ».

Ce roman au titre en forme d’oxymore est âpre, glaçant, furieux, tragique ; un texte dense, très imagé où le noir, la cendre a recouvert le paysage et les cœurs et pourtant… on était si près du bonheur, quand le vieux chien poursuivait sa queue et que Barnabas avait rejoint sa femme et son fils, s’était placé entre eux les tenant par l’épaule, « et puis son grand rire avait empli la pièce ».

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