Rendez-vous Chermedia : retour sur la journée du 13 décembre avec Eric Boury


P1140051 - Chermedia 3Retour sur le mardi 13 décembre, une journée passionnante passée avec Eric Boury, acteur incontournable de la littérature islandaise. C’est en effet grâce à son travail de traducteur littéraire que nous parviennent par exemple, les aventures d’Erlendur, commissaire de police à Reykjavík, héros principal des romans du célèbre Arnaldur Indridasson. Mais c’est aussi tout un pan de la littérature islandaise contemporaine qu’il nous rend accessible, avec des traductions d’écrivains tels que Stephan Mani, Jon Kalman Stefansson ou Sjon (soit une quarantaine de romans traduits à ce jour).

Cette journée nous a permis d’aborder des questions relatives au métier de traducteur littéraire, activité discrète, plutôt solitaire et mal connue. Pour Eric Boury, c’est d’abord une passion qu’il exerce depuis 2001 (première traduction chez Actes Sud). De plus en plus sollicité par les éditeurs, il met fin à sa carrière de professeur d’anglais en 2013, pour se consacrer pleinement à la traduction littéraire. Une activité qui lui vaut de recevoir en mai 2016 le Grand prix de traduction de la Société des gens de lettres (SGDL) pour l’ensemble de son œuvre de traducteur de l’islandais.

Selon lui, traduire un roman c’est le réécrire, ce qui ne peut se faire sans connaître le pays, sa culture, son histoire, le contexte dans lequel le roman se situe, l’écrivain qui le signe. Être dans une relation de confiance avec l’auteur est la base pour mieux servir son texte. Aimer le roman qu’on va traduire, cela va de soi. Saisir les subtilités de la langue, ses jeux de mots et autres métaphores pas toujours compatibles avec la langue française, c’est aussi le gage d’une réécriture la plus juste possible. Sans oublier la qualité d’écriture que cela requière, transposer le texte en s’appliquant à être au plus près de l’univers de l’auteur et pour ce faire, utiliser sa plus belle plume…

Une gageure qui se révèle être une aventure à chaque livre qu’il traduit, un travail de plusieurs semaines voire de plusieurs mois, qui peut parfois s’avérer pesant d’abord et quasi transcendant au final.

Son amour des langues scandinaves remonte à l’adolescence où faute de ne pouvoir apprendre l’islandais dans son Berry natal, il s’inscrit à la fac de Caen où il étudie les langues nordiques (norvégien, suédois et islandais). Sa fascination pour l’Islande, qu’il ne s’explique pas vraiment – attrait pour une terre isolée aux confins du monde ? Pour une langue rare ? – le conduit, à 19 ans, à embarquer pour la terre de glace et de feu. Une immersion de trois ans qu’il va vivre en faisant des petits boulots.

P1330809 - Chermedia2Ce parcours atypique nous a tous captivés. Avec un art du récit qu’il maîtrise, Eric Boury nous a évoqué l’Islande d’hier et d’aujourd’hui. La culture de cette terre de glace qui bien que vulnérable elle aussi face aux effets de la globalisation, reste encore fortement imprégnée par l’imaginaire collectif ancien. Beaucoup de questions ont été posées au sujet des particularités et singularités de la langue islandaise si complexe et sans âge, mais aussi menacée par la mondialisation, d’autant plus qu’elle n’est parlée nulle part ailleurs au monde que sur cette île de 300 000 habitants.
Si ses difficultés phonétiques et grammaticales n’ont jamais découragé notre hôte, elles expliquent certainement le nombre encore très restreint de traducteurs de l’islandais en France. On citera Régis Boyer, Catherine Eyjolfsson, Jean-Christophe Salaün, Robert Guillemette, Henri Emion, pour les principaux.

L’escapade islandaise se poursuit avec l’évocation de sa littérature où les sagas perdurent et se font le miroir des légendes primitives sorties tout droit des fjords et autres convulsions volcaniques. Une littérature où la frontière entre le réel et l’imaginaire est poreuse, où les éléments naturels inspirent l’humilité et disent la force. Une nature si présente dans ce pays, qui fait 1/5ème de la superficie de la France, et qui pourrait expliquer la part d’irrationnel qui subsiste encore dans la littérature contemporaine islandaise. Ce fameux réalisme magique en héritage, dont nous parle Eric Boury et qui fut l’objet de sa thèse. P1330811

Si Arnaldur Indridasson trempe sa plume dans l’encre du réel, si celle d’Eirikur Orn Norddahl plonge dans les limbes de l’histoire nazie avec l’inquiétant roman Illska, certaines pistes du récit sont brouillées et nombre d’écrivains islandais cités ce jour, semblent à l’aise dans l’art de proposer des contours brumeux aux situations, tel Sjon dans ses deux romans, où l’on ne sait plus très bien ce qui est de l’ordre du tangible ou de l’imaginaire.
Absurde ou magique, c’est selon, et c’est aussi le cas dans LoveStar, de Andri Snær Magnason, ou Tu n’es pas la seule à être morte de Kristin Omarsdottir, sans oublier le merveilleux et le tragique dans l’univers de Jon Kalman Stefansson, qui rappelle ce lien essentiel qui unit l’être humain à la nature, hors des dimensions temporelles et qui sait, par la voix de ses personnages – ceux qui savent -, nous dire les mots à la mesure de l’univers…
A la mesure de l’univers, c’est justement le titre du dernier roman du même auteur qu’Eric Boury vient de traduire. En exclusivité, il nous en a lu un extrait, en version française puis dans la langue originale. Le plaisir de cette journée n’aurait pas été complet sans la musique de cette langue ardue et si exotique à nos oreilles.

Merci encore à Eric Boury de nous permettre l’accès à d’autres mondes et pour la générosité de son intervention. Merci également aux participants de cette journée Chermedia pour la qualité de leur écoute et de leurs questions.

 

En attendant la publication en France du roman de Jon Kalman Stefansson (prévue au printemps 2017), et qui fait suite au livre D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015) vous pourrez trouver tous les titres traduits par Eric Boury, disponibles pour les lecteurs du Cher via le site de la Médiathèque départementale.

 

 

 

 

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