Rêve, angoisses et mystères (dans la tête du cinéaste David Lynch)


David Lynch : voilà une légende vivante, un cinéaste américain hors-norme, loin des films commerciaux habituels de Hollywood, son univers est unique en son genre (pervers, étrange, incompréhensible pour certains), à ne pas conseiller aux personnes sensibles… Mais quel génie ! Véritable touche-à-tout, Lynch (né en 1946 dans l’Etat du Montana) est également peintre et musicien, on le sent à travers sa filmographie, qui accorde beaucoup d’importance aux effets visuels (éclairages, tons rouge et bleu de la photo omniprésents, importance accordée à certains objets comme par exemple les lampes et les abat-jour dans « Mulholland Drive » mon film préféré de Lynch…) et sonores (bruitages, importance de la bande-son dans les effets recherchés sur le spectateur).
(D. Lynch, source www.davidlynch.ifrance.com)

(D. Lynch, source www.davidlynch.ifrance.com)

Je conseillerais trois films majeurs – en dehors du film le plus connu qu’il ait réalisé, à savoir (The) « Elephant Man » – parmi ses plus angoissants :

« Blue Velvet » (1987) : l’histoire d’un jeune homme un peu trop curieux et voyeur sur les bords (Kyle MacLachlan), qui mène sa petite enquête, après la découverte non loin de chez lui d’une oreille humaine, surla vie privée d’une mystérieuse chanteuse (Isabella Rossellini qui partagea un temps la vie de Lynch), soumise à un dangereux pervers psychopathe (Dennis Hopper)… Ce film déconseillé aux – 16 ans (comme les suivants d’ailleurs) a obtenu le Grand Prix du Festival du Film fantastique d’Avoriaz lors de sa sortie.

« Lost Highway » (1996) : un jeune couple (joué par Patricia Arquette et Bill Pullman) reçoit chaque matin, avec le courrier du jour, une mystérieuse cassette vidéo, montrant d’abord des vues extérieures de leur maison, puis peu à peu des scènes intérieures intimes…

(www.davidlynch.ifranc.com)

("Lost Highway", www.davidlynch.ifrance.com)

« Mulholland Drive » (2001) : une jolie actrice (sublime Laura Harring) perd la mémoire suite à un accident de voiture sur la corniche des hauteurs de Los Angeles, elle se réfugie chez une jeune actrice débutante (Naomi Watts), qui va l’aider à mener l’enquête sur sa vie antérieure…

(N. Watts & L. Harring dans "Mulholland Drive", www.davidlynch.ifrance.com)

(N. Watts & L. Harring dans "Mulholland Drive", www.allocine.com)

Ce film a obtenu 2 récompenses : Grand Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes 2001 et César du Meilleur film étranger 2002… Plus qu’un simple thriller psychanalytique, ce film est à lui seul une véritable leçon de cinéma, où Lynch ne nous dit pas autre chose que ceci : les émotions du spectateur (comme dans la scène-culte du « Club Silencio ») peuvent naître de rien ou presque, à savoir une « illusion », un simple décor de carton-pâte (il s’est aussi sans doute autodécrit à travers le rôle du jeune réalisateur – ici joué par l’acteur Justin Théroux –  en conflit avec la production, véritable mafia hollywodienne décrite avec beaucoup d’humour noir !)… Après avoir vu ce chef-d’oeuvre 7 ou 8 fois afin d’essayer d’imbriquer les divers éléments du puzzle et tenter une interprétation, j’avoue que je n’arrive toujours pas à y trouver une logique cartésienne (à part le fait que les deux actrices ne feraient finalement qu’une, à travers un subtil dédoublement de personnalité ? C’est aussi le cas de Patricia Arquette qui joue deux rôles différents dans « Lost Highway », une fois blonde, l’autre fois brune), mais quel bonheur, quelle ambiance !

Le dernier David Lynch sorti en France, « Inland Empire » (2007, 2H52 min. !), est apparemment toujours dans la même veine fantastico-morbide que les trois précédents films cités, et là encore les critiques sont partagées, on adhère ou pas à son univers, mais l’important ici, hors de toute compréhension du scénario, réside dans l’ambiance si particulière qui met délicieusement mal à l’aise le spectateur…

(Une scène de "Blue Velvet", source www.davidlynch.ifranc.com)

(Une scène de "Blue Velvet" avec ici D. Hopper, www.davidlynch.ifrance.com)

Certaines images de Lynch (sans oublier la musique très adaptée du compositeur Angelo Badalamenti comme sur « Mulholland Drive ») sont indélébiles dans notre cerveau, et c’est aussi cela qui fait la force de ce réalisateur, qui ne laisse nullement indifférent, tout comme son modèle et homologue Kubrick (ex. « Orange mécanique » / « Clockwork Orange », voire « Shining » ou encore « Eyes Wide Shut »).

Pour plus d’informations sur le cinéaste, voici un site francophone non-officiel mais intéressant par sa partialité :
http://www.davidlynch.ifrance.com

Et puis jeudi 29 janvier à 20h35 sur Arte : « Sailor et Lula » / « Wild At Heart » (Palme d’Or du Festival de Cannes 1990) du réalisateur américain (avec Nicholas Cage et  l’actrice fétiche Laura Dern), un polar mystique et hallucinatoire tout autant qu’une romance amoureuse moderne des années 80-90 à (re)découvrir.
 
Pour terminer, voici en vidéo une très intéressante série d’interviews du maître (sur le site Allociné) qui répond à plusieurs questions de spectateurs piochés au hasard, il nous dévoile à l’occasion quelques clés sur sa méthode de travail et le contexte de son oeuvre…
 
 
« Mulholland Drive » est disponible en DVD à la médiathèque de St-Florent (F LYN), vous trouverez aussi les autres films de David Lynch grâce à la DLP du Cher et son réseau départemental.

A propos de stef18

Adjoint du patrimoine à la médiathèque de St-Florent-sur-Cher depuis 10 ans bientôt, je suis actuellement affecté à la section adultes (commandes de livres documentaires et BD ado-adultes, CD audio et DVD)

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0 commentaires sur “Rêve, angoisses et mystères (dans la tête du cinéaste David Lynch)

  • Jean Merric

    Encore une preuve de ton bon goût. Et puis voila qui me rassure sur ma propre non-compréhension de l’univers lynchien moi qui ne suis pas un initié. On aurait tort de négliger sa série télé (suivie d’un film), Twin Peaks. C’est tout aussi barré, hanté et énigmatique que le reste de sa production mais avec un côté plus accessible et ludique. Durée totale : 24 heures!!! Effet hallucinogène garantit. Autant en profiter tant que les DVD sont en vente libre.

  • stef18

    Merci Jean (concernant « Twin Peaks » je n’ai pas encore vu la série télé ni le film qui paraît-il est assez bien adapté, ça ne saurait tarder…), j’ai hâte de me plonger dans ce produit culturel hautement « stupéfiant », merci du conseil !
    Quant à Nayeli, j’ai pour ma part assez moins aimé son 1er film « Eraserhead » pourtant très intéressant graphiquement à cause du noir et blanc (il faudrait que je le revoie, j’aurais peut-être un avis différent) ; cela dit la scène du poulet qui gicle et siffle sous la pression du couteau à volaille est très cocasse !)

  • stephanie devoize

    J’ai découvert « Twin Peaks » dans une salle réservée aux étudiants en cinéma (ce que je n’étais pas mais…chuuut )à la fac de Dijon.
    C’était une vraie découverte pour moi, je n’avais jamais rien vu de tel. Très forte impression.
    Tu vas être jaloux Stéphane mais j’ai vu aussi le film qui a suivi cette série « les sept derniers jours de Laura Palmer ». Angoissant.
    Quant à la projection de « Mulholand Drive » elle a laissé les spectateurs sans voix et une certaine gêne amplissait la salle. Le genre de malhaise qui fait se demander si le voisin à compris quelque chose contrairement à toi.
    Film vu et revu depuis pour essayer de déméler le vrai de l’imaginaire …
    « Silencio » 😉

  • stef18

    Quelle chance de voir ces films sur grand écran ! Bon alors je vois que nous sommes tous incapables de comprendre « Mulholland », tant mieux ça rassure ! Mais si certains ont des interprétations à donner sur ce film, je suis preneur…

  • stef18

    Je n’ai pas vraiment apprécié « Salor et Lula » jeudi, il est très différent des autres Lynch, et le côté vulgaire des années 80 et des dialogues (la version française sans doute ? Souvent ça vous bousille un film étranger, mieux vaut le sous-titrage) m’ont déplu, et puis aussi l’acteur Nicholas Cage m’agace !

  • Veronique Fourdrain

    Comment “Mulholland drive” ? ou comment sublimer l’ambiguïté (!) l’idée de la double personnalité, de savoir(parfois)comment différencier le vrai du faux ou le faux du vrai ou les deux…(ils peuvent avoir une vie parallèle et devenir complices).
    Quant à Sailor et Lula, un vrai jallon dans son “travail”.Les 80 étaient-elles vulgaires(un autre débat)?
    Pour Eraserhead,c’est peut-être dans ce film que David Lynch pose certaines bases de son oeuvre: l’ambiguïté et la provocation discrète (?!)…