Un roman réjouissant


 

Maximo Seigner a 17 ans et un sens aigu de l’observation.
C’est avec ce regard distancé et critique qu’il traverse son quotidien. Un quotidien « pauvre en événements » au sein d’une famille qui n’en a que le nom. Dans cette atmosphère étouffante, l’adolescent trouve de quoi nourrir son amertume. Ernesto, le petit frère, perçu comme le chouchou de maman est surnommé « Le Nain » ; quant à l’oncle Marcos « toujours enthousiaste et imbécile », qui tourne autour de sa mère, il lui rappelle que son père s’est mystérieusement volatilisé.

Solitaire et complexé, Maximo cultive son jardin secret avec pour maître des lieux, son « sosie guerrier, l’érudit héroïque » avec qui il parle intérieurement. Féru de lecture de revues scientifiques, Connaissance et Ici et maintenant, Maximo collecte des réponses…

Mais d’autres questionnements vont débarquer quand, poussé par sa mère, il va répondre à une petite annonce qui recherche un groom dans un hôtel de classe internationale…

En 48 heures, Maximo va apprendre bien d’autres choses que celles qu’on apprend dans les revues scientifiques…. notamment que tout se joue ici et maintenant.

L’âge adulte qu’il convoite et craint à la fois, fait son entrée d’une manière complètement inattendue dans sa courte vie. Revues et corrigées, les copies du passé sont devenues caduques, mais ce qui était rejeté ne l’est plus. Un roman sur la métamorphose…

Quel plaisir de lecture ! Style recherché et fluide, précision et art du détail qui rendent aux réflexions de Maximo ce petit décalage irrésistiblement drôle. Les premières phrases donnent le ton :

J’avais depuis peu une barbe naissante, formée de cinq ilots de poils qui parsemaient mes joues comme un archipel capricieux et sombre. Je me demandais si une croissance aussi régulière me rapprochait de la maturité ou au contraire, trahissait son éloignement…

 

Très drôle donc quand l’auteur évoque la naïveté du jeune Maximo, sa curiosité et ses projections mentales face aux nouvelles fonctions qui l’attendent, la teneur de ses aspirations et la réalité. Émouvante l’absence obsédante du père. Touchante sa façon érudite d’aborder les situations de la vie qui se joue autour de lui et dans laquelle il finit par se lancer, naturellement.
Tous les personnages s’incarnent alors, leur humanité révèle celle de l’adolescent, qu’on est heureux de voir grandir !

 

*  *  *

Ici et maintenant, Pablo Casacuberta, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, éd. Métailié, févr. 2016 – 172 p., 17 €.
Ce roman est son sixième, paru en 2002 et le deuxième traduit en français (par Françoise Gaudry) après Scipion, éd. Métailié, 2015.

 

 

 

 

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

24 − 22 =